Association des COSI

 

 
Marie-Cécile Collomp, COSI spécialisée dans l’orientation internationale

Dans cette interview, Marie-Cécile Collomp, fondatrice de MC2Studies, nous partage son parcours atypique qui l’a menée du conseil en organisation au conseil en orientation scolaire, avec une spécialisation dans les études à l’étranger.

Meriem Draman : Bonjour Marie-Cécile, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Marie-Cécile Collomp : Je suis Marie-Cécile Collomp et je vis entre Madrid et Aix-en-Provence, où j’ai créé MC2Studies en 2023, ma structure de conseil en orientation scolaire. Mon parcours est plutôt atypique : après un bac littéraire, j’ai fait une hypokhâgne, puis une licence LEA avec un double cursus en droit. En fin de licence, j’ai eu l’opportunité de faire un stage en Californie dans un domaine viticole, qui s’est transformé en emploi pendant deux ans. Ensuite, j’ai repris mes études aux États-Unis pour faire un MBA. J’avais besoin d’un diplôme qui valide toute l’expérience acquise sur le terrain. De retour en France, je suis devenue consultante en organisation pendant plusieurs années, en travaillant sur la transformation des entreprises et la gestion du changement, souvent dans des environnements multiculturels.

Meriem Draman : Qu’est-ce qui t’a amenée à changer de voie professionnelle ?

Marie-Cécile Collomp : Après mon mariage et la naissance de mes enfants, j’ai mis ma carrière en pause pour suivre mon conjoint en expatriation. On a vécu 10 ans entre l’Inde, la Chine et Dubaï. Cette période m’a permis d’accompagner mes enfants dans leur scolarité atypique – ils sont sortis du système français – et de m’investir comme bénévole dans des associations de parents d’élèves. C’est à ce moment-là que j’ai découvert ma passion pour l’orientation scolaire. J’organisais des cafés de parents, des forums des métiers, j’aidais les jeunes à préparer leurs entretiens et à faire leurs CV.

Meriem Draman : Comment s’est fait le déclic vers le conseil en orientation ?

Marie-Cécile Collomp : Comme souvent, les choses arrivent au bon moment ! Une amie m’a appelée en me disant : « Tu as super bien accompagné tes enfants, moi je n’ai pas le temps, tu veux bien aider mon fils ? » C’était l’alignement parfait. J’étais justement en train de chercher une formation. Et c’est là que je suis tombée sur la formation de COSI avec toi, Meriem. Après un long échange, je me suis dit : « C’est exactement ça que je veux faire. » J’ai aussi accompagné les enfants d’amis en parallèle, pour confirmer ce choix.

Meriem Draman : Quels sont tes services aujourd’hui ?

Marie-Cécile Collomp : Je propose principalement un accompagnement au choix d’études : un mélange entre bilan d’orientation et recherche de formations en lien avec le profil du jeune. Ma spécialité, ce sont les études à l’étranger : Pays-Bas, Angleterre, Canada (Québec et Ontario), et quelques écoles en Espagne ou en Italie. Je travaille aussi beaucoup sur le domaine de l’Hospitality Management avec les écoles hôtelières. J’accompagne aussi des jeunes qui ont déjà un projet précis, comme « je veux faire ingénieur mais je ne sais pas où », et on travaille ensemble sur un rétroplanning. Je fais aussi de la préparation aux oraux, en français et en anglais. Je collabore maintenant avec une autre COSI pour faire des entraînements croisés : je pose les questions en anglais, elle en français, comme dans un vrai jury.

Meriem Draman : Comment gères-tu ton activité entre Madrid et Aix-en-Provence ?

Marie-Cécile Collomp : C’est ce que j’appelle mon « activité sac à dos » ! Tant que j’ai une bonne connexion internet et mon ordinateur, je peux travailler de n’importe où. Je vis quasiment à plein temps à Madrid où travaille mon conjoint, mais nous avons gardé notre maison à Aix-en-Provence où notre fils aîné termine ses études. Je travaille principalement en distanciel, ce qui est idéal pour ma spécialisation internationale. Les décalages horaires font un peu voyager mon agenda aussi !

Meriem Draman : Ton activité de COSI occupe-t-elle tout ton temps ?

Marie-Cécile Collomp : Elle représente 100% de mon activité pro, mais pas forcément 100% de mon emploi du temps. Je m’organise selon les saisons, mes envies, mes autres engagements. Je garde du temps pour le bénévolat, les formations ou voir mes enfants (répartis dans trois pays !). Avec le recul, quelles qualités te semblent indispensables pour être COSI ? Trois me viennent à l’esprit : L’écoute bienveillante. Il faut savoir faire parler les jeunes, même ceux qui ne sont pas là par choix. L’organisation. Être clair dans les étapes et dans ce qu’on propose aux familles. L’envie d’apprendre en continu. Il faut toujours être en veille, se remettre en question, ajuster sa manière de faire.

Meriem Draman : Comment restes-tu en veille sur les formations ?

Marie-Cécile Collomp : Je ne prétends pas tout savoir – comme on le dit dans la formation COSI, on n’a pas de boule de cristal ! Mais je fais de mon mieux. Je participe à des portes ouvertes, à des conférences, à des salons étudiants. J’aime rencontrer les écoles, échanger avec elles, pour ensuite mieux en parler aux jeunes.

Meriem Draman : Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer comme toi ?

Marie-Cécile Collomp : Il faut de la résilience. L’entrepreneuriat, c’est un marathon ! Au début, on est à fond, mais il y a la paperasse, les obligations… Mon conseil : allez à la CCI ! Les rendez-vous avec des experts-comptables sont souvent gratuits et peuvent beaucoup aider. Et surtout : sois honnête avec toi-même. Ne cherche pas à tout faire ou à plaire à tout le monde. Apprends à dire non.

Meriem Draman : Comment trouves-tu tes clients aujourd’hui ?

Marie-Cécile Collomp : Essentiellement par le bouche-à-oreille. Ça marche super bien, même à l’international ! J’ai eu un client au Portugal grâce à un autre en Thaïlande. J’ai aussi eu pas mal de visibilité grâce à un article que j’ai publié à Dubaï. Et puis j’ai un site web, un compte Insta, et je publie régulièrement sur LinkedIn.

Meriem Draman : À quoi ressemble ta semaine ?

Marie-Cécile Collomp : Je n’ai pas de semaine type. En général, je fais mes recherches le matin, et je garde les rendez-vous pour l’après-midi ou le soir, quand les jeunes sont disponibles. Avec les décalages horaires, je travaille souvent le dimanche fin d’après-midi. Et j’essaie de garder le samedi pour moi.

Meriem Draman : Qu’est-ce qui te motive le plus dans ton métier ?

Marie-Cécile Collomp : Découvrir un nouveau jeune à chaque rendez-vous. Le voir évoluer au fil de l’accompagnement, c’est ma plus grande satisfaction. J’aime aussi la veille, les rencontres avec les écoles… Et les échanges avec les parents : parfois, ils découvrent leur enfant sous un autre jour !

Meriem Draman : Et les aspects moins agréables ?

Marie-Cécile Collomp : Le côté solitaire. On travaille seul, même si on est en lien avec les familles. Parfois, l’échange informel me manque. Mais heureusement, il y a des solutions : l’association des COSI, les cafés virtuels entre COSI avec les anciens de la formation… On recrée du collectif.

Meriem Draman : Peux-tu nous partager une réussite marquante ?

Marie-Cécile Collomp : Deux me viennent à l’esprit : Une jeune fille qui voulait faire vétérinaire. Elle avait perdu confiance en elle à cause de ses résultats en sciences. On a exploré les options, et elle a intégré une école vétérinaire à Lisbonne. Elle s’éclate et m’envoie encore des nouvelles ! Une élève en IB très démotivée. On a trouvé ensemble une formation au Royaume-Uni qui l’a enthousiasmée. Résultat : elle a obtenu 8 points de plus que prévu à son bac, et a été acceptée dans son école de rêve.

Meriem Draman : Tu accompagnes beaucoup d’élèves en bac international. Peux-tu expliquer les différences ?

Marie-Cécile Collomp : Oui, environ 50% de mes jeunes sont en IB et 50% en bac français, dont une moitié en BFI. Le BFI (Bac Français International) est un bac classique avec un enseignement renforcé dans une langue étrangère. C’est un plus pour les études à l’étranger car certains tests de langue sont dispensés. L’IB (Baccalauréat International) est tout autre. Il est sur deux ans, avec six matières principales, beaucoup de travaux écrits, et une mini-thèse de 4000 mots. C’est très formateur. Il y a 7-8 écoles privées en France qui le proposent, ce qui est parfait pour les familles qui rentrent de l’étranger.

Meriem Draman : Quels retours reçois-tu des familles ?

Marie-Cécile Collomp : Ceux qui me touchent le plus, ce sont les messages quand les jeunes sont acceptés là où ils rêvaient d’aller. C’est la meilleure des récompenses : voir leur projet se concrétiser.

Meriem Draman : Notre métier attire de plus en plus de personnes, il y a de plus en plus de gens qui veulent se reconvertir dans cette belle activité de conseiller en orientation. Comment vois-tu cela ?

Marie-Cécile Collomp : Je pense que c’est vrai que c’est une activité qui attire de plus en plus de monde. Cela fait partie d’un cheminement, c’est un peu l’évolution de la grosse vague de tous les coachs qu’il a pu y avoir, et puis l’orientation, on s’aperçoit que ça parle à tout le monde – ça parle aux parents, ça parle aux jeunes. La presse en fait ses choux gras chaque année avec Parcoursup et les études, donc ça donne de la visibilité. Moi, je pense qu’il y a de la place pour tout le monde. Il y a beaucoup de gens aujourd’hui qui disent faire de l’orientation. Je pense qu’il va y avoir du tri aussi qui va se faire. Quand tu as confiance en ton service, que tu rends un vrai service, ça marche. Il ne faut pas vouloir tout faire, tout connaître – d’où l’importance du réseau aussi, pour pouvoir relayer vers de bonnes personnes qui vont mieux s’y connaître. Je le vois plutôt avec confiance. Il y a beaucoup de gens qui se forment, mais tout le monde ne se lance pas non plus, parce qu’il y a le risque de l’entrepreneuriat. Ce qu’il y a de bien, c’est qu’on parle de plus en plus des conseillers en orientation. Ça met l’orientation sur le devant de la scène, ça fait parler de l’orientation, ça donne d’autres pistes. Et c’est ça qui est important. Combien de parents me disent : « Ah ! Si on avait eu ce service nous aussi quand on était jeunes. Nos enfants ont bien de la chance aujourd’hui de pouvoir se faire accompagner pour leur orientation scolaire. » C’est vrai que c’est un nouveau service qu’on propose, un nouveau métier depuis une dizaine d’années. Les parents me disent souvent : « Ah, et moi, je ne peux pas faire un bilan d’orientation aussi ? » ou « Si j’avais eu ça quand j’étais au lycée, qu’est-ce que ça aurait été bien, je n’aurais pas fait ça. » Mais c’est bien qu’ils le fassent pour leurs enfants, c’est une force.

Meriem Draman : Il y a des oiseaux de mauvais augure qui disent qu’avec le développement de l’IA et de ChatGPT, et des plateformes dédiées à l’orientation scolaire, notre activité de conseiller pourrait disparaître. Qu’en penses-tu ?

Marie-Cécile Collomp : Moi, je n’y crois pas, parce que je pense qu’on ne remplacera jamais la dimension humaine et la dimension écoute. ChatGPT, Perplexity, tous ces outils… Il n’y a pas cette interaction, il n’y a pas cette dimension humaine. Alors oui, je pense que l’intelligence artificielle va rentrer dans notre mode de travail, va permettre de faire les choses différemment. Ça ne veut pas dire que c’est mal ou que c’est bien, ça va juste être un outil en plus. Moi, je le vois plutôt comme un outil à notre service pour faire notre travail du mieux possible. C’est vrai qu’un jeune qui se connaît un peu peut demander : « Je veux faire ingénieur, je veux faire ingénieur civil, je veux aller dans telle ville, explique-moi comment faire. » Oui, ça, ChatGPT est capable de le faire. Mais un jeune qui ne sait pas, qui n’est pas sûr… Ben non, ça, c’est l’aspect humain qui va permettre justement de découvrir et de permettre aux jeunes de s’ouvrir et de s’épanouir. Ça, je pense qu’aujourd’hui, et j’espère pendant encore de nombreuses années, la machine ne pourra pas le faire.

Meriem Draman : Quels sont tes projets à moyen terme ou à plus long terme ? Est-ce que tu envisages de proposer un nouveau service, de faire un partenariat, de créer une formation ?

Marie-Cécile Collomp : À court-moyen terme, j’ai pas mal misé sur ma propre formation récemment. J’ai repassé ma certification British Council parce qu’elle expire tous les deux ans. J’ai fait une formation aussi avec un organisme aux États-Unis sur les études à l’international. Et là, je suis en train de faire une formation sur l’orientation positive avec Isabelle Servant pour avoir une approche un peu plus axée sur ce qui met en joie, la partie un peu plus psychologique de l’orientation et de ce qui amène à faire les choix. J’ai quelques voyages autour de l’orientation de prévus aussi, notamment en Suisse, pour aller visiter plusieurs écoles. À moyen terme, j’anime une conférence à la rentrée prochaine avec Axiom Académic sur « Tout savoir pour préparer son projet d’études à l’étranger ». Ça va être une première pour moi, donc je suis un peu inquiète ! J’aimerais aussi développer des services combinés autour des oraux bilingues avec d’autres conseillers en orientation, pour offrir ce service de préparation aux oraux multilingues ciblé sur les écoles de choix. J’ai du pain sur la planche !

Meriem Draman : Si tu avais une baguette magique et que tu pouvais changer quelque chose aujourd’hui au niveau de l’Éducation nationale ou de l’orientation scolaire de nos jeunes, qu’est-ce que tu changerais ?

Marie-Cécile Collomp : Il y aurait tellement de choses ! Mais quelque chose de réaliste, je dirais rajouter une vraie matière « Accompagnement à l’orientation ». Ça se fait dans les écoles supérieures, ça se fait même à l’université avec la préparation de projet professionnel et personnel. L’intégrer au lycée directement, pas juste une heure par-ci par-là, mais une vraie matière. Pas forcément le faire figurer dans le bulletin, mais pourquoi ne pas faire un bulletin annexe avec des étapes clés de l’orientation que le jeune doit valider ? À l’étranger, il y a souvent des services de conseillers en orientation qui sont dédiés dans chaque école. Ce n’est pas juste une personne, mais des équipes de trois, cinq, dix conseillers d’orientation qui suivent les élèves, qui ont leur groupe d’élèves à gérer. Et ça, pour moi, c’est une vraie aide. Malheureusement, je pense qu’en France, on ne débloquera jamais les budgets pour mettre ça en place. Donc pourquoi pas développer des partenariats Éducation nationale – conseillers en orientation pour dire : « Le service existe, on n’a pas les moyens de le développer, on va faire appel à ce qui existe. »

Meriem Draman : À côté de ton activité de conseillère en orientation, peux-tu nous partager trois petites choses personnelles qu’on ne sait pas forcément sur toi ?

Marie-Cécile Collomp : Ma façon de réfléchir, c’est de faire de la pâtisserie. J’adore ! Ça me permet de souffler, de me détendre. Je me plonge dans une recette et ça me permet de réfléchir autrement : tu mets le cerveau en pause, mais derrière ça continue de tourner. Je trouve une solution à un problème qui me bloquait, et puis juste pour le plaisir d’avoir cette bonne odeur dans la maison. Quand les enfants nous rendent visite, ils viennent dans la cuisine et demandent : « Qu’est-ce qu’il y a dans la boîte à cookies ? » Voilà, c’est mon petit moyen de détente et de me ressourcer. Je ne peux pas m’endormir sans lire, que ça soit quelques pages ou plusieurs chapitres. C’est ma routine, qu’il soit 23h ou 2h du matin, j’ai besoin du livre pour m’endormir. Le soir, ça va être des romans, des romans historiques. Les lectures plus académiques, c’est la journée parce que j’ai ce besoin viscéral de prendre des notes et d’écrire. J’aime bien les romans historiques, les livres en anglais, en français, la littérature étrangère… un peu tout. Plus le temps passe, et plus je me dis qu’il faut oser, il faut se faire confiance. Plus le temps passe, plus je me dis qu’on est tous exceptionnels, il faut pas hésiter à se le dire, faut arrêter de se mettre des barrières et dire : « J’y vais, je me fais confiance. » Il faut avoir un peu de gratitude, se féliciter de nos réussites et pas forcément se dire : « J’ai pas eu le temps de repasser le linge, j’ai pas eu le temps de faire ça… » Mais plutôt : « Aujourd’hui, j’ai pris du temps pour moi et ça m’a fait du bien. » C’est important, on s’oublie et on est dans notre truc. J’essaie d’en prendre conscience de plus en plus souvent : se dire merci à soi-même et aux autres.

Le témoignage de Marie-Cécile Collomp illustre parfaitement la réussite d’une reconversion dans le conseil en orientation. Avec une cinquantaine d’élèves accompagnés en deux ans et demi, elle démontre qu’il est possible de développer une activité solide dans ce secteur.

Son regard optimiste sur l’avenir du métier face à l’IA nous rassure : l’humain reste irremplaçable dans l’accompagnement. Sa philosophie de vie – oser, se faire confiance et cultiver la gratitude – résonne comme un message inspirant pour tous ceux qui hésitent encore à se lancer dans cette belle aventure humaine.

À très bientôt pour un nouvel épisode de « Les COSI causent » !